Zéphirin Diabré: « Nous ne sommes pas hypocrites comme le MPP »

Ce mardi 3 juillet 2018, le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, était face à la presse pour réagir à l’interview accordée par le président du Faso à des télévisions et dans laquelle il a dressé son bilan à mi-mandat. Dans cette rencontre exclusive, le tour de l’actualité nationale a été fait, sans éluder les questions cruciales telles  que la crise au sein de son parti, la gouvernance du MPP, les délestages,  le fonds commun, etc.

Une  situation politique et sécuritaire dégradée, une situation économique caractérisée par la morosité, une situation administrative prise en otage par l’incivisme et la corruption, une situation sociale gagnée par la grogne, selon l’opposition politique, voilà ce qui caractérise le Burkina Faso, sous le règne du MPP.

A propos de la gouvernance politique, le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, a déclaré que diriger un pays, c’est prendre des décisions, quand il le faut et que malheureusement, nous avons un gouvernement poltron, qui refuse de s’assumer. Il a ajouté que cet avis est de plus en plus transcendant au sein même du MPP, «le Pr Etienne Traoré a dit vertement que le président-candidat tourne en rond». Lors de son interview, Roch Kaboré a dit que celui qui pense que l’Etat n’a pas d’autorité, il n’a qu’à essayer et il va voir. L’opposition a tenu à lui rappeler que l’autorité de l’Etat, ce n’est pas l’autoritarisme. «Quand on vole allègrement les deniers publics, c’est que l’Etat n’a plus d’autorité. Quand un chef d’Etat à qui on a révélé que ses collaborateurs ont monnayé des rendez-vous avec lui et qu’il se contente de dire qu’il les a grondés, c’est que l’Etat n’a plus d’autorité. Quand l’impunité protège les puissants et fait croupir en prison les voleurs de poussin, c’est que l’Etat lui-même favorise l’incivisme», a rappelé Zéphirin Diabré.

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Publiée par Wakatt Communication sur Samedi 6 février 2021

Le CFOP a laissé entendre que savoir diriger, c’est savoir s’entourer. A la faveur de la prise du pouvoir, des pseudo-conseillers et des partisans de piètre qualité ont investi les allées de Kosyam, au détriment des cadres compétents et séreux qui ont fait le succès du MPP. C’est ainsi que l’incompétence est devenue en deux ans, la vertu la plus récompensée au Burkina.

«Les états généraux de la justice et le pacte pour le renouveau de la justice qui en est issu, ouvraient de bonnes perspectives d’un redressement véritable du système judiciaire burkinabè», a rappelé le conférencier. Or, il a constaté que le sentiment général des Burkinabè est qu’il existe une instrumentalisation à peine déguisée de la justice par le pouvoir actuel. Selon eux, le déroulement de l’instruction et du procès du coup d’Etat de septembre 2015, a révélé que nos dirigeants se livrent à un véritable tripatouillage juridique dans lequel la justice est  devenue un instrument soit de chantage, soit de règlement de comptes. Par ailleurs, notre pays excelle maintenant dans les détentions arbitraires à caractère ouvertement public dont la plus emblématique, c’est sans doute la mise en résidence surveillée du général Djibrill Bassolé, détenu malgré l’avis du comité d’expert de l’ONU et malgré le recours infructueux du ministre de la justice contre cet avis. «Djibrill Bassolé se voit refuser le droit aux soins, tout simplement parce qu’il est un candidat potentiellement dangereux à l’élection présidentielle de 2020». A celle-là, Zéphirin Diabré a ajouté la détention récente du blogueur Naïm Touré, qui paye sans doute, la nouvelle résolution du «celui qui essaye, il va voir».

Au plan sécuritaire, le Burkina subit, depuis l’arrivée au pouvoir du MPP, une série d’attaques terroristes qui ont couté de nombreuses vies humaines et ralenti la reprise économique. Au-delà des deux attaques, les plus marquantes (Cappuccino et Istanbul) faisant 52 morts et l’attaque de l’état-major général de l’armée qui a fait 8 morts, il faut ajouter que la partie Nord du pays vit sous menace terroriste persistante, mettant à nu l’incapacité des pouvoirs publics à assurer la protection des populations de cette partie du territoire et ce, parce notre pays et l’un des deux ventres mous de la lutte dans le Sahel. L’opposition a indiqué que nous devons le fait d’être tombés si bas à 5 défaillances :

l’absence de vision, car la problématique de la sécurité est une question trop sérieuse pour être discutée avec pertinence, lors d’une foire. Il y a urgence à élaborer une stratégie nationale de sécurité ;

le manque de compétence ; le ministère de la sécurité et celui de la défense doivent être gérés par des compétences avérées ;

l’information, parce que l’ANR dont la principale mission est de produire des renseignements sur les menaces éventuelles se met en place timidement ;

les moyens, puisque sur le terrain, le déficit est toujours là, les équipements font défaut et la motivation ne suit pas ;

la mise en œuvre d’une approche régionale pertinente qui a du mal a être opérationnelle.

A propos de la réconciliation nationale, l’opposition a affirmé que ceux qui nous gouvernent n’en prennent pas le chemin. Le CFOP a signalé qu’il y a chez eux, une sorte de haine avec leurs anciens camarades, alors que si on n’oublie pas ce qui s’est passé, on ne peut pas gouverner. «Quand on gouverne un pays avec tous les défis qu’on a et qu’on n’est pas unis, c’est compliqué d’aller de l’avant», foi du CFOP. Il a rappelé que lorsqu’il est allé au congrès du CDP, le MPP en a parlé «Autrefois, on a été opposé sur la question de l’article 37, mais aujourd’hui, cette question n’existe plus». Pour lui, le CDP est un parti légal, si le pouvoir estime que c’est un parti clandestin, il n’a qu’à prendre un décret pour le dissoudre. Il poursuit que pour le MPP, leurs anciens camarades sont la peste mais en plus, c’est hypocrite puisqu’il y a des gens qui sont ministres aujourd’hui et qui, hier, avaient soutenu la modification de l’article 37, donc s’il y a culpabilité, ils le sont aussi.

Des dires de Zéphirin Diabré, de 2016 à nos jours, il n’y a pas ce secteur administratif qui n’a pas connu de remous, même le secteur de la sécurité publique et des collectivités territoriales n’ont pas été épargnées. La seule année 2017 a enregistré un record jamais égalé de grèves et sit-in : 233 jours, non travaillés, tous syndicats confondus. «La solution aux grèves ne se trouve nullement dans la création de syndicats fantoches, comme il nous a été donné de voir dans la crise du MINEFID», a-t-il déclaré. Aussi, il a souligné que la question de la rémunération des salaires se discute entre Etat /employeur et fonctionnaires/employés «Le fait de convoquer une conférence de presse illégitime pour en discuter relève d’une fuite de responsabilité personnelle du président-candidat et de son gouvernement. Heureusement que lors de son interview, le président est revenu à de meilleurs sentiments».

En outre, dans la partie Nord du pays, les autorités actuelles ont lancé officiellement le 4 août 2017 à Tongomaël (Soum), le Programme d’urgence pour le Sahel burkinabè d’un coût de 455 milliards de FCFA pour une durée de 3 ans. En fin 2017, sur 199 marchés publics prévus, d’un coût de 77,8 milliards de FCFA, 17% sont entièrement exécutés, 51% sont en cours d’exécution et 32% n’ont pas connu de démarrage.

L’ensemble des investissements réalisés entre 2010 et 2015 dans le domaine des routes a permis de faire passer le linéaire de routes bitumées de 3 000km à 4 500km, soit un accroissement de 63% contrairement aux récentes déclarations du ministre des infrastructures, alors même que la majeure partie de son programme de construction des routes est constitué de legs de l’ancien régime.

Le CFOP a rappelé que récemment, nous avons été invités à Kosyam pour échanger sur cette question qui avait été couplée à celle de la nouvelle constitution. «Pour nous, il est temps que ce vote ait lieu, mais nous avons l’impression que le pouvoir en place met des conditions qui sont telles que ce vote au mieux sera minimisé, au pire n’aura pas lieu», a soutenu M. Diabré. Dans l’actuel code, il est écrit que pour les Burkinabè de l’étranger, il y avait trois documents possibles pour le vote : la CNIB, le passeport et la carte consulaire. Ce sont des documents sûrs et fabriqués par l’Etat burkinabè. La carte consulaire étant la plus crédible, foi des experts, nous avons proposé qu’elle soit utilisée pour le vote et c’est là le point de divergence avec le chef de l’Etat et son gouvernement qui affirment ne pas avoir confiance à cette carte et demande que ce soit la CNIB. Il a précisé que sur la carte consulaire, il est écrit «la carte consulaire telle que délivrée, tient lieu de carte nationale d’identité burkinabè». «Le fond de la question est que le MPP craint le vote des Burkinabè, surtout ceux de Côte d’Ivoire, vu la présence de certains Burkinabè là-bas», a compris l’opposition. Un autre problème, ce sont les lieux de votation. Selon le conférencier, les autorités ont désigné les ambassades et les consulats, nous avons souhaité que les écoles soient utilisées, mais ils ont refusé. Pourtant, c’est dans les écoles que la diaspora malienne vote au Burkina et en Cote d’Ivoire.

Selon le CFOP, au lieu de procéder à un véritable diagnostic de la situation nationale, Roch Marc Christian Kaboré s’est empressé d’annoncer sa candidature à la prochaine élection, afin d’éviter l’émergence d’un candidat de rechange au sein de son camp. Par conséquent, il a indiqué que le Burkina n’est plus dirigé par un président, au-dessus de la mêlée, mais par un président-candidat et «désormais, nous allons le traiter comme tel».

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